Les -e- presque muets de la poésie française : comprendre quand on doit les dire, sur les vers de Molière, La Fontaine, Hugo et Rimbaud ; puis s'entraîner.
Dans le vers français traditionnel, on compte les syllabes à l'oreille, mais en prononçant les -e- qu'en français du Nord, on avale dans la conversation. Tout dépend de ce qui suit l'-e-.
L'-e- de « maître » est suivi du -c- de « Corbeau » : on prononce « maî-treu Cor-beau », presque comme dans le Midi. C'est une vraie syllabe : elle compte. Le même traitement s'applique avant un -h- aspiré (« le héros »).
Les trois -e- barrés tombent, chacun avant une voyelle : celui de « légère » (avant « et »), celui de « vêtue » (avant « elle ») et celui de « elle » (avant « allait »). Quand l'-e- suit une consonne, celle-ci s'appuie sur la voyelle suivante : « lé-gè-ret ». Quand il suit une voyelle, comme dans « vêtue », il tombe sans rien changer à la syllabe qui précède. Un -h- muet ne change rien : l'-e- tombe aussi avant lui (« nature, heureux » se dit « na-tu-reu-reux »).
Ce vers a ses douze syllabes sans l'-e- de « meilleure ». Cet -e- vient après le dernier accent du vers: on le prononce légèrement, si possible ; mais on ne le compte pas.
Verlaine, « Colloque sentimental » : dix syllabes, et un seul -e- presque muet à dire, celui de « le ». Là où aucun -e- n'est écrit, on n'en ajoute pas : « ciel » reste « ciel », jamais « ciel-eu » ; « noir » reste « noir », jamais « noir-eu ». Une bonne manière de s'en protéger : suivre le texte des yeux.
Chaque syllabe fait un « tac ». Le -e- dit et compté sonne plus aigu : on l'entend exister.
Choisissez un outil, puis touchez chaque -e- souligné : ce sont les -e- presque muets du vers. Retouchez un -e- pour l'effacer.
Écoutez l'enregistrement. À chaque début de vers, touchez « Marquer » (ou la touche M). La fin d'un vers se déduit du début du vers suivant ; vous pouvez l'affiner. Contrôlez chaque vers avec « Écouter », puis copiez la liste en bas de page dans le chat.
Scansions annotées à la main, textes saisis de mémoire : à relire avant usage en classe. Un trait orange signale chaque diérèse retenue : seulement quand l'usage courant ferait une synérèse (« bohémi-en », « châti-é », « souri-ant », « enfou-is »).