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06 mai 2017

Alcools — un carnet de lecture

Quī scrīpsit bis lēgit. Une bonne façon de lire, c’est d’écrire — aussi bien pour les professeurs que pour les élèves. Je donne ici un exemple de carnet de lecture sur Alcools d’Apollinaire, qu’ils doivent étudier en tant qu’ « œuvre intégrale » pour la présenter à l’oral des épreuves anticipées du baccalauréat. Le fait de le donner en exemple me semble important : il ne s’agit pas en effet seulement d’un travail scolaire, d’un pensum fastidieux pour de malheureux élèves accablés de travail ; il s’agit d’apprendre à faire quelque chose qu’on peut continuer à faire adulte... et qui peut rendre heureux !

On le verra donc, deux principes président à la tenue d’un tel carnet de lecture : discere et dēlēctārī — apprendre et se faire plaisir. C’est pourquoi l’on prend un beau cahier ; c’est pourquoi l’on écrit à la main, et même à la plume. C’est pourquoi l’essentiel de ce carnet de lecture consiste dans la simple copie de poèmes ou d’extraits de poèmes.

D’autre part, puisqu’il s’agit d’apprendre, et qu’on a jamais fini d’apprendre, ce carnet se veut inachevé : on peut toujours en rajouter. Ainsi de nombreuses pages blanches, en regard des poèmes copiés n’ont-ils pas été scannés ici : ils sont la porte ouverte à des réflexions, des recherches, des dessins, la copie d’autres poèmes en écho à ceux qui sont là. Il reste encore une vingtaine de pages pour ajouter d’autres poèmes lorsqu’un jour je reviendrai dans Alcools

Enfin, les embryons d’analyse qui sont notés ici pour quelques-uns des poèmes se basent avant tout sur la construction du mouvement du texte : IL FAUT absolument presque à chaque fois commencer par cela, sans quoi l’analyse littéraire risque fort d’aboutir à une pitoyable bouillie pour les chats — et encore serait-elle bien indigeste pour l’orgueil de la maison.

Le carnet de vocabulaire

De l'autre côté, la fin du carnet a été réservée à l’étude du vocabulaire. J’y ai relevé les mots que je connaissais peu ou mal, en particulier si je pensais que je ne saurais pas très clairement en expliquer le sens à mes élèves : c’est très exactement ce que doit faire un élève qui, le jour du bac, se voit prendre la place du professeur, et doit expliquer le texte à l’examinateur un peu comme si celui-ci était un élève.

J’y ai surtout copié à nouveau, pour chaque mot, le passage dont je l’ai tiré — d’abord pour le plaisir de copier de l’Apollinaire, ensuite pour m’approprier davantage son style, en le faisant rentrer dans la mémoire de la main, enfin parce que je ne pourrais pas relire de telles pages d’étude du vocabulaire si elles n’évoquaient pas d’images précises, rappelant les sentiments éprouvés et les réflexions à la lecture du poème.

Ces études de vocabulaire sont elles aussi inachevées : il ne s’agit pas de tout étudier tout de suite ; il s’agit d’étudier le plus possible pour apprendre le plus possible et le plus longtemps possible.

27 fév. 2017

Un carnet de lecture

Tenir un carnet de lecture peut être à la fois un plaisir et un moyen d'améliorer son orthographe, sa ponctuation, son style et son vocabulaire. Nous en proposons ici un exemple, où nous avons mis l'accent sur le vocabulaire, en relevant  environ 250 mots dans L'étranger de Camus, proposé à des élèves de 1re en «lecture cursive». Ces mots sont ceux dont notre expérience d'enseignant qu'ils ne sont pas maîtrisés par une bonne partie de nos lycéens, de sorte qu'au moins les deux-tiers des élèves a besoin d'en travailler au moins le tiers.

On notera qu'il est important de relever la phrase dans laquelle on a trouvé un mot difficile, avec le plus grand soin — un soin qui n'implique pas la souffrance, mais le triple plaisir d'apprendre, du travail bien fait et de s'approprier un style de qualité. On remarquera aussi le fait que ce travail est fait à la main — ce qui permet d'impliquer davantage le corps, et donc le plaisir.

On peut envisager de proposer, comme suite à ce travail, une interrogation de vocabulaire sur les mots relevés, où l'on pourrait alterner les questions qui demandent une définition, de compléter des phrases lacunaires, de composer des phrases avec tel ou tel mot des mots du livre.

On peut envisager de donner aux élèves la liste complète des mots relevés pour qu'ils préparent leurs révisions, et qu'ils aperçoivent ce qu'ils peuvent apprendre à l'aide d'un véritable travail de lecture.

05 fév. 2017

La question du vocabulaire

Les élèves demandent souvent ce qu'ils doivent «réviser» pour préparer les épreuves de français au baccalauréat. On peut quelquefois les enjoindre à réviser les «méthodes». Je pense que là n'est pas l'essentiel. Ce qu'on attend à l'épreuve de français du bac, c'est d'abord la maîtrise du français, et donc pour commencer, de son vocabulaire. Entendons-nous bien : le vocabulaire qui nous intéresse n'est pas essentiellement le vocabulaire technique de l'analyse littéraire, mais celui de la littérature.

Le bac blanc auquel nous avons soumis nos élèves et qui m'occupe actuellement est à cet égard tout à fait révélateur. Il proposait un extrait de Mme Bovary («Charbovary»), un extrait de L'homme qui rit où Gwynplaine est anéanti par le déferlement des rires à la chambre des Lords, et un autre du Moulin de Pologne de Giono, où la bourgeoisie provinciale humilie de ses rires grinçants une jeune femme défigurée qui se donne en spectacle en dansant seule. Or ce «corpus» de textes comportait une soixantaine de mots qui font difficulté pour nombre d'élèves. En voici le relevé:

Et encore n'évoquons-nous pas ici l'aide qu'apporterait quelques connaissances historiques sur l'Angleterre au XVIIe siècle. Dans mes classes, je pense qu'au moins les deux-tiers des élèves ne comprennent pas les deux-tiers de ces mots. Autrement dit, il nous faut travailler à trouver les moyens d'aider les élèves à acquérir ce vocabulaire, bien avant d'enseigner l'hyperbole et l'hypotypose, la focalisation zéro et le narrateur homodiégétique, le mouvement baroque et le symbolisme. Ce sera à la fois utile pour la note au bac et — ce qui est beaucoup plus important — utile pour la vie. Nōn sōlum scholæ sed etiam vītæ doceāmus.

22 déc. 2016

Vocabulaire latin (2)

Voici une nouvelle version du plan d'étude du vocabulaire latin fondamental, où le classement des verbes n'est pas essentiellement morphologique, mais syntaxique. Ils ont été en effet classé en fonction de leur construction «fondamentale», ce qui constituera une aide précieuse pour le professeur qui souhaite construire des exercices de version, de thème, de composition de phrases adaptés au niveau d'apprentissage de ses élèves.

12 déc. 2016

Vocabulaire latin

Ces documents peuvent être utile pour organiser l'apprentissage du vocabulaire latin. D'abord, un plan d'étude des 500 mots de base du vocabulaire latin, classés d'un point de vue essentiellement grammatical :

Ensuite, une chrestomathie fondée essentiellement sur les «locutions latines», avec le soutien épisodique de Virgile et en particulier des 7 premiers vers de l'Énéide, pour apprendre les 32 mots les plus courants de la langue latine, dans l'esprit des programmes du Grip:

27 déc. 2015

Fiches de vocabulaire latin

Nous inaugurons ici une collection de fiches de vocabulaire, avec une fiche sur sum organisées selon notre goût des nombres, et pour la commodité de la mémorisation, en trois parties et trois sous-parties.

La partie étymologique donne d'abord la racine indo-européenne (en l'espèce les deux racines, puisque sum conjugue, au sens propre, deux signifiants indo-européens différents). Je note -e- pour e/o/ø, et les consonnes aspirées par un -h- en exposant. Les exemples tirés des langues indo-européennes, cousines du latin, sont pris dans les langues qu'on étudie en France (anglais, allemand et russe). Ils permettent de voir que la racine supposée en proto-indoeuropéen constitue une sorte de point commun entre ces langues. On voit ici par exemple que la bilabiale sonore aspirée [bh] est liée au [b] de будет, de be, au [w] (bilabiale sonore spirante) de was, au -ph- de ἔφῡν, aux labiodentales [v/f] de war et de fuī.

Les exemples tirés des langues romanes sont eux aussi tirés de celles qui sont souvent étudiées dans l'enseignement secondaire français — je ne suis toutefois pas encore en mesure de donner les descendants catalans et occitans. D'autre part, l'organisation des parties concernant la morphologie lexicale (la famille de mots latins) et la sémantique est largement dépendante du mot étudié.

Après le verbe intransitif par excellence, sum, voici celui que nous avons considéré comme le prototype des verbes transitifs :

Voici le troisième verbe, prototype des verbes se construisant avec l'infinitif : possum. On remarquera peut-être dans cette fiche l'intérêt de lier syntaxe et sémantique, lien qui constitue l'un des nœuds de notre conception de la grammaire.

Ensuite, nous envisageons une série de trois fiches sur les noms latins, en commençant par l'âme, si difficile à définir :

Profitons-en pour indiquer les ouvrages que nous utilisons pour ces fiches :

  1. Alfred Ernout et Antoine Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine — histoire des mots.
  2. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque — histoire des mots.
  3. Félix Gaffiot, Dictionnaire latin-français.
  4. Antoine Meillet et Joseph Vendryes, Traité de grammaire comparée des langues classiques.
  5. Andrew Sihler, New comparative latin and greek grammar.
  6. Morisset, Gason, Thomas, Baudiffier, Précis de grammaire des lettres latines.
  7. Alfred Ernout et François Thomas, Syntaxe latine.
  8. Linguistics research center of the University of Austin in Texas, http://www.utexas.edu/cola/centers/lrc/, et en particulier le lexique indo-européen basé sur le livre de Julius Pokorny, Indogermanisches etymologisches Wörterbuch.