lettresclassiques.fr

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

01 avr. 2020

Méthode de l'explication linéaire

Chers élèves de 1re,

une élève me demande si, le jour de l'oral l'examinateur vous une question concernant le texte à présenter.  Je vous rappelle encore une fois qu'on ne vous posera pas de question : vous analyserez comme bon vous semblera le texte sur lequel vous êtes interrogé. On me demande aussi s'il faudra «seulement le présenter de façon linéaire». Il me faut là apporter quelques précisions. Non, il ne s'agit pas de «présenter» le texte: seule l'introduction présente le texte. Le développement de l'explication, qui en est le corps, ne présente pas le texte, mais l'explique, l'analyse, l'interprète. Oui, elle le fait de façon linéaire, c'est-à-dire en suivant le mouvement du texte, la façon dont le texte avance, phrase après phrase.

Mais cette explication, pour qu'elle soit intéressante, doit d'une façon ou d'une autre, répondre à une question ou à un ensemble de questions qui se posent au premier abord de ce texte. Et c'est bien le rôle de l'introduction que de montrer quelles sont les questions littéraires que posent ce texte. Donc, en quelque sorte, l'introduction devrait «problématiser» l'explication, c'est-à-dire expliciter quel problème elle va essayer de résoudre. Je rappelle encore une fois aussi que ce problème ne saurait être:

  • «Qu'a voulu dire l'auteur ?» : la réponse à cette question doit avoir été donnée dès l'introduction. [Exception : il y a un sens évident, mais trop évident, et il s'agit alors de chercher la signification plus profonde, plus complexe, du texte.]
  • «Pourquoi l'auteur a-t-il écrit ce texte ?» : voir ci-dessus.
  • «De quoi parle le texte ?» : voir ci-dessus.
  • «Pourquoi tel personnage agit-il ainsi ?» : c'est une question qui relève de l'analyse psychologique et non de l'analyse littéraire. [On peut aborder ce problème dans l'analyse, mais ce ne peut en être le but.]
Les questions littéraires qui nous intéressent concernent l'effet produit sur le lecteur ou le spectateur :
  • «Pourquoi ce texte est-il particulièrement émouvant, touchant, drôle, choquant, provocateur, terrifiant, saisissant... ?»
  • «Pourquoi ce texte sort-il de l'ordinaire ? Pourquoi est-il nouveau, original, différent de ce que le sens commun peut attendre ?»
  • «Qu'apporte-t-il de particulier ? Pourquoi invite-t-il à une réflexion approfondie ? Pourquoi est-il dérangeant ?»
Pour que ces questions générales et passe-partout deviennent une question spécifique et adaptée au texte que vous expliquez, il faut, dans l'introduction, vous livrer à une première analyse, très rapide du texte, qui présente le texte, dit très rapidement ce qu'il "raconte", de sorte qu'on puisse dire :
  • qu'au premier abord ce texte pourrait avoir l'air assez banal pour telle ou telle raison. Le problème à traiter dans ce cas est évident : «Pourquoi ce texte est-il bien davantage que ce qu'il a l'air d'être ?» [Pourquoi la rencontre de Nemours et de Mme de Clèves est-elle bien davantage qu'un coup de foudre au bal entre les deux plus grandes beautés de la cour, sujet digne des romans à l'eau de rose les plus médiocres ?]
  • ou que dès le premier abord ce texte paraît intéressant (touchant, saisissant, étonnant...) pour telle ou telle raison. Dans ce cas, on va se demander ce qui, dans sa composition et son écriture, le rend SI intéressant, touchant, drôle, intelligent... On peut aussi se demander s'il n'est que drôle, que touchant : si son intérêt ne peut pas être plus complexe. [Pourquoi l'appel que lance Lamartine lance à la nature pour l'aider à conserver le souvenir du bonheur est-il particulièrement saisissant ?]
Évidemment, si vous prenez pas le temps de problématiser votre explication, ou si vous le faites d'une façon un peu expéditive, mais qu'ensuite votre explication est brillante, tout se passera très bien, et vous obtiendrez une excellente note. Mais je crains fort que si vous ne posez pas le problème convenablement, vous vous abandonniez lâchement à une vilaine paraphrase agrémentée d'un relevé oiseux de figures de styles, de champs lexicaux et de procédés narratologiques. De même, si vous menez brillamment votre introduction et qu'ensuite vous n'avez rien à dire d'intéressant, l'ensemble risque d'être assez calamiteux. L'essentiel, c'est la qualité du développement; et bien mener votre introduction peut vous aider à bien vous lancer dans ce développement.
— Mais monsieur, c'est la centième fois que vous nous le dites, d'une façon ou d'une autre !
— Vous avez raison. Et je risque de recommencer encore de nombreuses fois : c'est l'une des principales choses pour lesquelles je suis payé. :)
 
Bien cordialement,
Votre professeur de Lettres

05 fév. 2017

La question du vocabulaire

Les élèves demandent souvent ce qu'ils doivent «réviser» pour préparer les épreuves de français au baccalauréat. On peut quelquefois les enjoindre à réviser les «méthodes». Je pense que là n'est pas l'essentiel. Ce qu'on attend à l'épreuve de français du bac, c'est d'abord la maîtrise du français, et donc pour commencer, de son vocabulaire. Entendons-nous bien : le vocabulaire qui nous intéresse n'est pas essentiellement le vocabulaire technique de l'analyse littéraire, mais celui de la littérature.

Le bac blanc auquel nous avons soumis nos élèves et qui m'occupe actuellement est à cet égard tout à fait révélateur. Il proposait un extrait de Mme Bovary («Charbovary»), un extrait de L'homme qui rit où Gwynplaine est anéanti par le déferlement des rires à la chambre des Lords, et un autre du Moulin de Pologne de Giono, où la bourgeoisie provinciale humilie de ses rires grinçants une jeune femme défigurée qui se donne en spectacle en dansant seule. Or ce «corpus» de textes comportait une soixantaine de mots qui font difficulté pour nombre d'élèves. En voici le relevé:

Et encore n'évoquons-nous pas ici l'aide qu'apporterait quelques connaissances historiques sur l'Angleterre au XVIIe siècle. Dans mes classes, je pense qu'au moins les deux-tiers des élèves ne comprennent pas les deux-tiers de ces mots. Autrement dit, il nous faut travailler à trouver les moyens d'aider les élèves à acquérir ce vocabulaire, bien avant d'enseigner l'hyperbole et l'hypotypose, la focalisation zéro et le narrateur homodiégétique, le mouvement baroque et le symbolisme. Ce sera à la fois utile pour la note au bac et — ce qui est beaucoup plus important — utile pour la vie. Nōn sōlum scholæ sed etiam vītæ doceāmus.

15 janv. 2017

La question sur un corpus au bac de français

Bien que nous soyons très favorable à la disparition de cet exercice, qui complique excessivement la tâche des élèves, en leur ôtant le temps de composer correctement leur commentaire, leur dissertation ou leur «écriture d'invention», nous leur proposons quelques conseils pour le réussir au mieux, sans perdre trop de temps.

Nos élèves ayant subi naguère un «bac blanc» sur des extraits de Flaubert, Hugo et Giono, voici un exemple de corrigé pour la question «Comment ces trois récits rendent-ils sensible la violence exercée par le rire sur le personnage principal ?». Nous proposons ici non une réponse rédigée, mais un exemple de ce qu'ils auraient pu faire au brouillon pour préparer leur réponse.

12 mar. 2016

Bac de littérature — Mme Bovary

L'épreuve de littérature au bac L est particulièrement difficile à négocier du fait de son format : il faut répondre à deux questions littéraires, sur l'une des deux œuvres au programme, en deux petites heures. Les questions impliquent une réflexion à la fois élaborée et rapide, au sujet d'œuvres, en tout cas cette année, particulièrement difficiles: Mme Bovary d'un côté et Œdipe Roi vu par Sophocle et par Pasolini, de l'autre.

Pour donner une idée de ce qu'on peut attendre d'un élève de Terminale, voici un sujet que j'ai pu donner à mes élèves, avec une proposition de corrigé, qui tient compte de la contrainte de temps : je l'ai réalisé en une petite heure et demie. Ce n'est donc pas impossible d'y parvenir en deux heures pour un élève. Remarquez la quantité que représente un tel devoir : en deux heures, il ne paraît pas raisonnable de chercher à rédiger beaucoup plus qu'une copie double (avec une écriture de taille moyenne, telle qu'on l'attend le jour du bac).

Remarquez aussi ce qu'il en est de l'annonce de plan : pour la question sur douze points, je ne l'ai rédigée qu'après coup. Il faut en effet se lancer dans la rédaction très vite après avoir choisi les exemples qu'on analyserait, et je n'ai pu me tenir à ce que j'avais prévu initialement. J'ai donc permis à la réflexion de se développer, et me suis arrêté après avoir développé trois idées différentes. C'est alors que j'ai rédigé mon annonce de plan, pour laquelle j'avais laissé de la place. Pour la seconde question, sur huit points, le développement d'une idée m'amenait déjà à deux pages de réflexion et 35 minutes de travail: je me suis arrêté et ai annoncé, après coup que je ne travaillerai qu'à partir d'un exemple (quoique je l'eusse utilisé en articulant une citation avec sa place dans l'architecture du récit, et eusse donc évoqué trois éléments textuels différents — une phrase, le rapport entre le titre et les personnages qu'il évoque, et le rapport entre les deux morts des deux Mme Bovary).