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21 juin 2015

Petite chrestomathie de la philosophie latine (1)

Nous inaugurons ici, avec Lucrèce, une collection de textes utiles pour apprendre — une chrestomathie, donc — le latin et la philosophie. Elle couvrira l'ensemble de la latinité, du premier siècle avant J.-C. au XVIIe. En voici le programme provisoire, élaboré avec l'aide de quelques internautes philosophes :

I. Anciens

  1. Lucrèce, Dē rērum nātūrā, début du livre II 
  2. Cicéron, De officiīs, Dē amīcitiā ?
  3. Sénèque, Lettres à Lucilius
  4. Saint Augustin, chapitre X des Confessions, ou XI, IV, ch. 4
  5. Boèce, Consolation
  6. Jean Scot Erigène

II. Médiévaux

  1. Abélard
  2. Roger Bacon
  3. Saint Thomas
  4. Guillaume d'Ockham
  5. Anselme, chapitres II-III-IV du Proslogion
  6. Duns Scot

III. Humanistes

  1. Nicolas de Cues
  2. Marsile Ficin, In convivium, VI, 17
  3. Pic de la Mirandole
  4. Erasme
  5. Thomas More, L’Utopie
  6. Calvin

IV. Classiques

  1. Giordano Bruno, Le banquet des Cendres
  2. Gassendi
  3. Descartes, Meditationes, II, « Le morceau de cire »
  4. Spinoza, Traité théologico-politique, XX, 14-15 « Eloge de la liberté » ; incipit du Tractatus de Intellectus Emendatione.
  5. Locke, Epistola de Tolerantia
  6. Hobbes, Leviathan ou De Cive

17 juin 2015

Le grip propose des programmes pour le latin dans le secondaire

Le latin, dans le système éducatif français, est l’une des constituantes essentielles du domaine des Lettres, qu’elles soient « classiques » ou « modernes ». On a pu se demander si son apprentissage était indispensable. Les fondateurs de l’école primaire publique ont même dû se résoudre à le laisser en quelque sorte de côté, en en faisant une option dans le cursus des futurs instituteurs, considérant que l’étude de l’ancien français pouvait compenser ce manque. C’est ainsi que le latin n’a pu faire partie du programme des Ecoles Primaires Supérieures, ni des écoles normales, et qu’il est resté l’apanage du système secondaire, au sein duquel il a connu de nombreux avatars. La riche réflexion pédagogique primaire n’a donc pas pu profiter à l’enseignement du latin, confiné dans le secondaire et empêtré dans des querelles politico-idéologiques assez dérisoires.

Il est possible cependant que ce renoncement au latin ait été l’une des faiblesses du système primaire mis en place par Buisson. En effet, sans le latin, le recours au seul ancien français pour étudier l’histoire de notre langue se révèle assez rapidement inopérant et fastidieux. D’autre part, il apparaît que l’étude des auteurs latins les plus classiques, fût-elle rudimentaire, est presque indispensable pour apprendre à lire une partie essentielle des auteurs français. Enfin, la quasi-disparition tradition humaniste de la traduction (thème et version) pour apprendre à lire et écrire le français, pour permettre aux élèves de s’approprier les textes les plus importants, les plus beaux, les plus intéressants a pu amener les études littéraires à se perdre parfois dans des considérations aussi oiseuses qu’absconses. C’est en particulier avec le renouveau du thème et de la version, abordés d’une façon réaliste et progressive, que l’étude du latin — qui inclut forcément à la fois la langue et la littérature latine, donc sa culture — peut être un des outils qui permet d’apprendre à lire et à écrire avec davantage d’esprit de géométrie et d’esprit de finesse.

On pourrait s’étendre indéfiniment sur les finalités du latin. Le propos n’est pas là. Il faut d’abord savoir de quel enseignement nous parlons — comment, aujourd’hui, on peut enseigner le latin. C’est-à-dire, avant tout, selon quelle progression sur plusieurs années, ce qui s’appelle un programme1.

On notera que les programmes, quoique la progression d’une année à l’autre soit notée précisément, sont organisés par « cours », selon la logique moderne de l’école primaire française. Un cours se fait sur deux années : l’on étudie environ 70 % du programme du cours la première année, et on reprend ce programme intégralement pour l’approfondir la seconde année, de sorte que l’immense majorité des élèves ait acquis, à la fin des deux années une assez bonne maîtrise de l’essentiel de ce programme, qui a donc été vu et revu2.

Certains points du programme pourront demander aux enseignants un approfondissement de leur formation, tant il est vrai que bien souvent, une meilleure pédagogie d’une discipline exige une meilleure maîtrise de cette discipline.

1Comme les ministères de l’éducation nationale se sont évertués, depuis la catastrophe Vichyste, à publier des programmes de moins en moins cohérents, qui ne sont plus des programmes que par leur nom. On s’avise depuis quelques années à donner aux programmes un nom latin : il s’agit, selon une « logique curriculaire », de rédiger des curricula, pour signifier que ceux-là seront des vrais, des bons. Soit. Pourquoi pas. Cela fait toujours plaisir d’inventer l’eau tiède. En plus, quand la chose a un nom latin, elle impressionne toujours les ignorants.

2Le cas du cours d’initiation au latin, on le verra, est un peu différent, puisque la première année est beaucoup plus réduite en volume horaire.

03 sept. 2014

Liste de bac

Dans le jargon qui a cours actuellement dans l'éducation nationale, on l'appelle "descriptif des activités". En voici un exemple, qui a semblé utile à plusieurs collègues, quoiqu'il soit truffé de défauts et d'insuffisances. En particulier, le nombre de textes présentés (28) est un peu limité pour une 1re L.

Au fait, pour les non-initiés :

«Lecture analytique» = explication de texte.

«Lecture cursive» = Lecture personnelle des élèves, très légèrement accompagnée par le professeur.

«Objet d'étude» = partie du programme officiel concernée.

15 déc. 2013

Liste de livres

Une belle petite liste : les livres de la littérature française à lire avant de passer le bac, avec sa dose d'arbitraire... Il n'empêche : si vous avez effectivement lu ces 27 livres avant de passer votre bac, vous aurez de fortes chances d'obtenir une excellente note.

29 août 2013

Vīta Nerōnis

Une nouvelle édition de la Vīta Nerōnis sort aux éditions du Relief ces jours-ci, à l'intention des jeunes gens qui présenteront le latin au bac en 2013 et 2014, accompagnée d'un dossier complet, d'extraits de traductions du XVIe siècle à nos jours et d'une abondante annotation, tant au plan de la langue qu'à celui de l'histoire. Voici la présentation qu'en font les auteurs:

À l’occasion de l’inscription de la Vīta Nerōnis au programme du baccalauréat pour les années 2014 et 2015, nous nous proposons d’offrir aux lycéens et aux amateurs de latin une édition qui renouvelle et refonde l’étude du latin. Cette édition rend accessible le texte de Suétone, en latin, et avec l’appui des technologies du XXIe siècle.

Mission impossible, nous répondra-t-on : le latin, définitivement, n’est pas une langue « facile » ; même un latiniste chevronné doit, pour lire un texte en latin, fournir un effort considérable. Le seul moyen d’échapper à la difficulté du latin, c’est d’échapper au latin. Il est vrai que si l’on ne s’intéresse qu’à ce qui est facile, mieux vaut fuir l’étude du latin ; mieux vaut même,d’ailleurs, fuir les études en général...

Là n’est pas la question. Nous nous adressons à ceux qui souhaitent accéder directement à un texte écrit voilà deux mille ans, et avoir le sentiment d’approcher le plus près possible l’esprit et la voix du peuple qui domina le monde pendant plus de cinq cents ans. À ceux-là, nous proposons un texte à la fois complet et accessible. Comme nous n’avons pas eu la chance que nos parents nous parlassent latin au berceau, nous acceptons bien volontiers quelques béquilles pour le lire « dans le texte ».

Pour ce faire, nous continuons une solide tradition scolaire, en accompagnant le texte d’un dossier et de notes qui éclairent et font vivre le monde que décrit Suétone. Surtout, nous reprenons l’édition du texte pour qu’elle soit le plus accessible pour des jeunes gens nés à la fin du XXe siècle, à l’exemple des grammairiens alexandrins qui rendaient accessible Homère et Sophocle aux Égyptiens, aux Perses, aux Indiens, qui avaient appris le grec comme une langue étrangère.

D’une part, toutes les difficultés de la langue de Suétone, lorsqu’il s’écarte de la norme grammaticale scolaire, sont éclaircies par des notes de bas de page. D’autre part, avec l’aide que nous offrent les logiciels modernes de traitement du texte, nous avons revu toute la ponctuation traditionnelle du texte, puisqu’elle relève presque intégralement de l’éditeur (elle était quasi inexistante à l’époque classique), toujours pour rendre la lecture plus fluide et l’analyse plus souple. Ainsi, nous avons raccourci autant que possible toutes les phrases. Non que nous les ayons amputées : nous avons simplement placé un point dès que c’était logiquement possible, y compris en cas d’asyndète, de coordination par un simple -que. Bien plus souvent que nos prédécesseurs, nous avons considéré les pronoms relatifs comme des « relatifs de liaison ». De sorte que le nombre de « périodes », de longues phrases devant lesquelles notre esprit, quelquefois un peu embrumé ou découragé, reprend son souffle avec une légère pointe d’angoisse, est considérablement réduit. Nous avons aussi usé de la virgule et du point-virgule sans parcimonie, considérant en particulier que les participes sont apposés, quand bien même le pronom auquel ils se rapportent n’est pas exprimé, de sorte que les groupes de mots sautent aux yeux du lecteur : le temps de réflexion et d’analyse est dès lors raccourci.

Enfin, avec l’aide du logiciel Longīs, élaboré par Gilles de Rosny, nous avons marqué par des signes de « longue » (des macra) toutes les voyelles longues du texte. Aux passionnés qui souhaitent s’approcher autant que possible de la vōx latīna, de son accentuation et de sa prosodie, ces signes diacritiques apportent une aide précieuse ; mais surtout, quel que soit l’intérêt qu’on porte à la restitution de la voix des latins, cette information supplémentaire simplifie la tâche de qui veut comprendre un texte latin. De même qu’un Latin entendait qu’un nom en -ā était un ablatif, qu’un autre en -ūs était un génitif, de même notre lecteur moderne verra que tel adjectif en -a ne saurait se rapporter à tel nom en -ā.

Si vous êtes latinistes, faites-en l’expérience ; lisez quelques lignes de notre édition. Vous constaterez de vous-même combien la lecture en est facilitée. Si vous êtes enseignant, faites l’expérience d’en traduire un passage avec vos élèves. Vous verrez la différence !

Nicolas Lakshmanan

professeur agrégé de grammaire

Christophe Raphel

professeur agrégé de lettres classiques