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17 déc. 2016

Les exemples-types en grec (1)

Les exemples-types, en latin, constituent l'une des avancées majeures de la pédagogie du latin au XXe siècle. Mais il semble que le grec ancien fut un peu laissé de côté à l'époque. A l'époque en effet, ils n'étaient pas nécessaires pour les notions de base, qui avaient déjà été vues en latin : personne ne faisait de grec sans avoir fait de latin.

Aujourd'hui, nous avons des élèves qui apprennent le grec sans avoir appris le latin ni l'allemand ni aucune langue à cas. Même ceux qui ont appris le latin, très souvent, n'ont pas compris le système des cas. Je pense que des exemples-types que tous les professeurs de lettres classiques de France et de Navarre utiliseraient seraient salutaires. Mais je ne connais pas encore d'équivalents aux exemples-types arrêtés par la circulaire du 20 août 1979 pour le latin.

Allard et Feuillâtre, Ragon et Dain proposent des exemples-types ; mais ce ne sont pas les mêmes. Ceux qu'Allard et Feuillâtre encadrent ne sont pas les plus importants, mais en quelque sorte les exceptions liées au grec : Οὐδὲ λανθάνει τὸν θεόν, pour l'accusatif par exemple. Après étude des exemples proposés par Allard & Feuillâtre, Ragon & Dain, Bertrand, Bizos, Boxus, Humbert, Koch, Laurand & Lauras, Lebeau & Métayer, Riemann & Goelzer, Vernhes, voici les exemples-types que je proposerais.

J'en ai écarté la plupart des citations d'auteur (que préfèrent L&M, Koch et d'autres) : elles sont trop complexes et moins immédiatement parlantes. Je n'ai pas retenu la plupart des choix de Bertrand ou de Vernhes, parce qu'ils tournent autour d'une même image (l'étranger d'un côté, le cheval de l'autre), de sorte que ce qu'ils évoquent n'est pas vraiment un auxiliaire pour la mémoire. J'ai choisi d'être le plus proche possible de la liste des exemples-types recommandés pour le latin, parce que je pense vraiment qu'en France il est bon de relier ces deux enseignements autant que possible, aussi bien pour les élèves que pour les enseignants. J'ai modifié cependant les exemples peut-être trop reliés au monde romain, qui ne sonnaient pas très grec; en particulier, pour les compléments de lieu, j'ai éliminé les noms propres, liés aussi au fait qu'en latin, ils avaient des particularités à peu près inexistantes en grec. J'ai pour l'instant laissé de côté, de façon fort discutable, les accusatifs d'étendue et de relation.

N'hésitez pas à faire toutes remarques utiles, en écrivant à lettresclassiques *chez* lettresclassiques.fr.

27 oct. 2015

Roland et Patrocle

Nous avons donné, jeudi 15 octobre, au cours du colloque Voix, rythme et geste dans la poésie antique et moderne, en ouverture du spectacle Sosie et autre duos, un dialogue entre l'épopée grecque et l'épopée française, entre le chant XVI de l'Iliade et la première partie de la Chanson de Roland. Les rapprochements que nous avons choisis ont intéressé certains spectateurs, en particulier parce qu'ils étaient aussi enseignants. Pour répondre à leur curiosité, en voici le texte, où les extraits de l'Iliade sont traduits en hexamètres dactyliques français par Philippe Brunet, et ceux du Roland en décasyllabes épiques assonancés par votre serviteur.

11 oct. 2015

Eloge d'Alain Frontier

Alain Frontier publia naguère — en 1976 — un Cours de langue grecque en deux volumes, chez Belin. Or ce manuel complet et progressif est toujours disponible chez Belin. Donc, après avoir initié au grec ancien une toute petite cohorte d'hellénistes de 2011 à 2014 avec l'aide des Exercices Grecs d'Allard et Feuillâtre — et de la photocopieuse —, je me suis décidé cette année à faire acheter le Frontier à mes élèves de seconde.

En effet, le premier livre, que j'ai pu consulter chez Gibert voilà quelques mois m'a séduit au point que je l'ai acheté : organisation rigoureuse et progressive en 30 leçons qui peuvent correspondre aux 30 semaines effectives d'une année de seconde. Chaque leçon est précédé, en général, d'un texte adapté qui introduit les notions abordées. À la grammaire est abordée selon une optique vraiment efficace (pas de « C.O.S. » pour le datif, etc.), s'ajoutent des encadrés philologiques très intéressants, des textes littéraires en nombre et en traduction pour commencer, et un apprentissage progressif du thème et de la version. En particulier, les « Travaux Pratiques » qui consistent souvent à transformer ou à composer des phrases, plus ou moins librement, constituent un atout majeur de cette méthode. D'autre part, on arrive, peu à peu, à la traduction d'authentiques textes littéraires (à partir de la leçon 17, de courts textes de Longus, Lucien, Esope, et même une adaptation de Xénophon : c'est à la fois ambitieux et raisonnable).

Après une année, on a étudié toute la déclinaison des noms et des adjectifs, des pronoms-adjectifs, toute la conjugaison des verbes en -ω. En outre, on peut s'adapter à toutes les modes que suivent les instructions officielles, grâce à la variété des textes proposés, en particulier en traduction. Enfin, last but not least, il s'agit d'un manuel, et donc d'un outil pour l'élève qui peut donc gagner en autonomie, puisqu'il ne dépend plus entièrement du cours proposé par son enseignant, et de ses photocopies : il peut réviser, approfondir et prendre de l'avance facilement.

Passons maintenant à l'expérience. Après six semaines de cours, je suis assez enthousiaste ; en effet, je craignais un peu les premières leçons, parce que la progression ne va pas déclinaison par déclinaison, mais cas par cas : après la leçon 1, qui initie à l'alphabet, la leçon 2 porte sur le nominatif singulier, la troisième sur le nominatif pluriel et le vocatif, la quatrième sur l'accusatif, etc. Eh bien, cela marche, pour l'instant, très bien. J'ai le temps de poser peu à peu tout ce qui est nécessaire à nos élèves (apprentissage progressif et réel de l'écriture et de l'alphabet, utilisation d'un lexique, et donc d'un dictionnaire, délimitation du radical et de la désinence, analyse grammaticale...) Le cours est très apaisant : même si c'est difficile, les élèves ont le sentiment de progresser, et peuvent être félicitées pour leurs progrès, obtenir de très bonnes notes méritées. Touchons du bois pour la rentrée, où nous aborderons la leçon intitulée « La première déclinaison » ! Mais j'ai confiance : je vois bien que les bases sont correctement posées.

01 avr. 2015

La conjugaison grecque (2)

Après la fiche sur les verbes de base (billet du 22 janvier 2015), qui comportait 22 verbes (actualisée ci-dessous), voici les 26 verbes «indispensables» à connaître pour savoir lire et écrire le grec. On peut considérer que ce sont ceux qu'un certifié de lettres classiques devrait connaître sur le bout des doigts — la dernière fiche, à venir, qui liste une trentaine de verbes, pourrait être celle qu'un agrégé devrait connaître.

Nous avons présenté la fiche de la façon la plus mnémotechnique possible; reste que cette fiche n'est pas encore passée au feu de l'expérience pédagogique : n'hésitez pas à nous faire part de vos remarques et critiques.

10 déc. 2014

Chrestomathie platonicienne

Certains savants alexandrins, m'a-t-on dit, avaient pour usage, en lisant, en relisant les manuscrits des auteurs du canon, de marquer d'un khi les passages, les phrases qui leur paraissaient utiles à leur enseignement. Ce khi pour χρηστόν — utile — permet de construire ensuite les chrestomathies qui constituent l'un des fondements de l'enseignement des lettres. Au fil de ma lecture du Banquet, j'inaugure ici de nouveau cette pratique qui me paraît excellente :
  • Οἴεσθέ τι ποιεῖν οὐδὲν ποιοῦντες — Vous croyez faire quelque chose, et ne faites rien. (Apollodore, p. 173, d)
  • Χαλεπὸν τοῖς ἀνθρώποις ἡ μέθη ἐστίν — L'ivresse, pour les êtres humains, c'est mauvais. (Eryximaque, p. 176, d)
  • Πρεσβύτατος δὲ ὤν, μεγίστων ἀγαθῶν ἡμῖν ἐστιν — Or, puisqu'il est le plus ancien, il est pour nous le plus grand des biens. (Phèdre, p. 178, c)
  • Οὐ γάρ, οἶμαι, συμφέρει τοῖς ἄρχουσι φρονήματα μεγάλα ἐγγίγνεσθαι τῶν ἀρχομένων — Non, je ne crois pas que pour les puissants, la naissance de hautes pensées chez les hommes qu'ils dominent soit avantageuse. (Pausanias, p. 182, c)
  • Οὔτε καλὸν εἶναι αὐτὸ καθ’ αὑτὸ οὔτε αἰσχρόν, ἀλλὰ καλῶς μὲν πρᾱττόμενον, καλόν, αἰσχρῶς δέ, αἰσχρόν — Ce n'est en soi ni beau ni laid, mais beau si c'est bellement fait, laid si c'est fait laidement. (Pausanias, p. 183, d)
  • Καὶ ἔστιν αὖ μουσική, περὶ ἁρμονίαν καὶ ῥυθνόν, ἐρωτικῶν ἐπιστήμη — Et, pour la musique, elle est, à propos d'harmonie et de rythme, une science de l'érotique. (Eryximaque, p. 187, c)
  • ... la suite à venir en pdf.

14 nov. 2010

La déclinaison grecque en une page

La déclinaison des noms, des adjectifs et des participes grecs est certes assez complexe, mais il est tout à fait possible de l'appréhender de façon assez simple, si l'on veut bien prêter attention à la logique du système. En voici un résumé en une page,