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09 avr. 2020

Conclure une explication de texte

Chers élèves de 1re,

une élève me dit qu'elle ne sait pas trop comment faire pour conclure convenablement ses explications de texte. C'est vrai que ce n'est pas si facile. En effet, au moment d'arriver à la conclusion, on a l'impression d'avoir tout dit, et on peut se demander ce qu'on peut ajouter d'intelligent — surtout qu'il faut respecter la règle d'or de la conclusion :

  • N'ajoutez pas de nouvelles idées, de nouveaux arguments, de nouvelles analyses dans la conclusion : tout cela doit être fait dans le développement !
Alors que doit-on faire dans la conclusion ? Tout simplement reprendre les conclusions partielles, et les articuler. Qu'est-ce que cela veut dire, les articuler ? Disons qu'on peut le faire passablement en se contentant de les répéter, en les ajoutant les unes aux autres. Dans ce cas, on les répète ou on les paraphrase l'une après l'autre, en les séparant par exemple avec des points-virgules. On peut éventuellement, en les associant, mettre davantage en évidence ce qui les relie, ce qui les oppose: pourquoi elles sont cohérentes entre elles. Cela peut être des mots de liaison — mais surtout ne les choisissez pas au petit bonheur la chance: placer un mot de liaison de façon illogique est bien pire que de n'en pas placer du tout ! Cela peut très bien aussi une phrase ou une proposition qui explicite le lien qui existe entre deux conclusions partielles. Pour vérifier que l'ensemble de votre devoir est parfaitement cohérent, essayez de respecter la règle d'argent de la conclusion :
  • Veillez à ce que la conclusion soit effectivement une réponse à la question, ou aux questions que vous posiez à la fin de l'introduction.
Pensez aussi que cette réponse n'a pas besoin d'être simpliste: il est généralement plus intéressant de proposer une réponse complexe et nuancée à la question posée !
Pour finir, j'en viens au problème de "l'ouverture" dans la conclusion. A titre personnel, je trouve cela tout à fait absurde : une conclusion conclut. Ce qui signifie qu'elle clôt complètement ! Donc elle n'ouvre pas. Il ne s'agit pas d'être obtus : l'esprit d'ouverture se manifeste bien davantage dans la complexité et la richesse de la réponse à la question posée. Évoquer d'autres textes qu'on peut rapprocher du texte étudié est bien sûr très intéressant ; mais cela doit se faire de façon précise, dans le cours de l'explication, et non à travers une remarque allusive qui tombe comme un cheveu sur la soupe à la fin du devoir. On a souvent l'impression que, comme on n'avait pas grand-chose d'intéressant à dire sur le sujet, on se dit qu'il vaut mieux détourner la conversation et parler d'autre chose.
Cela dit, puisque aujourd'hui à peu près la moitié des professeurs et des manuels transmettent cette marotte, je ne sanctionne jamais ce qui sonne toujours à mes oreilles comme une bizarrerie, et même remonte un peu une mauvaise ou une médiocre note : on ne saurait reprocher à un élève de manifester un peu de culture.
Bien cordialement,
Votre professeur de Lettres


[Voyez aussi le commentaire que j'ai ajouté ci-dessous.]

01 avr. 2020

Méthode de l'explication linéaire

Chers élèves de 1re,

une élève me demande si, le jour de l'oral l'examinateur vous une question concernant le texte à présenter.  Je vous rappelle encore une fois qu'on ne vous posera pas de question : vous analyserez comme bon vous semblera le texte sur lequel vous êtes interrogé. On me demande aussi s'il faudra «seulement le présenter de façon linéaire». Il me faut là apporter quelques précisions. Non, il ne s'agit pas de «présenter» le texte: seule l'introduction présente le texte. Le développement de l'explication, qui en est le corps, ne présente pas le texte, mais l'explique, l'analyse, l'interprète. Oui, elle le fait de façon linéaire, c'est-à-dire en suivant le mouvement du texte, la façon dont le texte avance, phrase après phrase.

Mais cette explication, pour qu'elle soit intéressante, doit d'une façon ou d'une autre, répondre à une question ou à un ensemble de questions qui se posent au premier abord de ce texte. Et c'est bien le rôle de l'introduction que de montrer quelles sont les questions littéraires que posent ce texte. Donc, en quelque sorte, l'introduction devrait «problématiser» l'explication, c'est-à-dire expliciter quel problème elle va essayer de résoudre. Je rappelle encore une fois aussi que ce problème ne saurait être:

  • «Qu'a voulu dire l'auteur ?» : la réponse à cette question doit avoir été donnée dès l'introduction. [Exception : il y a un sens évident, mais trop évident, et il s'agit alors de chercher la signification plus profonde, plus complexe, du texte.]
  • «Pourquoi l'auteur a-t-il écrit ce texte ?» : voir ci-dessus.
  • «De quoi parle le texte ?» : voir ci-dessus.
  • «Pourquoi tel personnage agit-il ainsi ?» : c'est une question qui relève de l'analyse psychologique et non de l'analyse littéraire. [On peut aborder ce problème dans l'analyse, mais ce ne peut en être le but.]
Les questions littéraires qui nous intéressent concernent l'effet produit sur le lecteur ou le spectateur :
  • «Pourquoi ce texte est-il particulièrement émouvant, touchant, drôle, choquant, provocateur, terrifiant, saisissant... ?»
  • «Pourquoi ce texte sort-il de l'ordinaire ? Pourquoi est-il nouveau, original, différent de ce que le sens commun peut attendre ?»
  • «Qu'apporte-t-il de particulier ? Pourquoi invite-t-il à une réflexion approfondie ? Pourquoi est-il dérangeant ?»
Pour que ces questions générales et passe-partout deviennent une question spécifique et adaptée au texte que vous expliquez, il faut, dans l'introduction, vous livrer à une première analyse, très rapide du texte, qui présente le texte, dit très rapidement ce qu'il "raconte", de sorte qu'on puisse dire :
  • qu'au premier abord ce texte pourrait avoir l'air assez banal pour telle ou telle raison. Le problème à traiter dans ce cas est évident : «Pourquoi ce texte est-il bien davantage que ce qu'il a l'air d'être ?» [Pourquoi la rencontre de Nemours et de Mme de Clèves est-elle bien davantage qu'un coup de foudre au bal entre les deux plus grandes beautés de la cour, sujet digne des romans à l'eau de rose les plus médiocres ?]
  • ou que dès le premier abord ce texte paraît intéressant (touchant, saisissant, étonnant...) pour telle ou telle raison. Dans ce cas, on va se demander ce qui, dans sa composition et son écriture, le rend SI intéressant, touchant, drôle, intelligent... On peut aussi se demander s'il n'est que drôle, que touchant : si son intérêt ne peut pas être plus complexe. [Pourquoi l'appel que lance Lamartine lance à la nature pour l'aider à conserver le souvenir du bonheur est-il particulièrement saisissant ?]
Évidemment, si vous prenez pas le temps de problématiser votre explication, ou si vous le faites d'une façon un peu expéditive, mais qu'ensuite votre explication est brillante, tout se passera très bien, et vous obtiendrez une excellente note. Mais je crains fort que si vous ne posez pas le problème convenablement, vous vous abandonniez lâchement à une vilaine paraphrase agrémentée d'un relevé oiseux de figures de styles, de champs lexicaux et de procédés narratologiques. De même, si vous menez brillamment votre introduction et qu'ensuite vous n'avez rien à dire d'intéressant, l'ensemble risque d'être assez calamiteux. L'essentiel, c'est la qualité du développement; et bien mener votre introduction peut vous aider à bien vous lancer dans ce développement.
— Mais monsieur, c'est la centième fois que vous nous le dites, d'une façon ou d'une autre !
— Vous avez raison. Et je risque de recommencer encore de nombreuses fois : c'est l'une des principales choses pour lesquelles je suis payé. :)
 
Bien cordialement,
Votre professeur de Lettres

30 mar. 2020

Le Lac (3)

Chers élèves de 1re générale,

voici la 3e étape du travail que je vous propose sur Le Lac de Lamartine. Ce sont des notes d'explication linéaire, qui permettent aussi de rédiger un commentaire littéraire. Menez l'enquête comme dans une série policière et essayez de comprendre le plus possible quelles sont les idées que je veux développer dans cette explication, et ce que je veux vous faire remarquer pour vous aider à comprendre et à connaître le poème de Lamartine, avant que je vous en propose un commentaire rédigé qui sera une version écrite d'une explication orale.

Vous aurez compris aussi sans doute que je vous demande en même temps d'apprendre le plus possible par cœur le poème de Lamartine, avec l'aide de cette explication — parce que, comme je le répète tout le temps, le but n'est pas connaître ce que dit votre professeur sur Lamartine, le but est de connaître ce que dit Lamartine... et de le connaître avec son propre esprit, c'est-à-dire, d'une façon ou d'une autre, par cœur.

Cordialement,
M. Lakshmanan