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Tag - Louise Labé

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11 mai 2019

La composition du Débat de Folie et d'Amour de Louise Labé

Je viens fournir ici une pièce supplémentaire en faveur du plan du texte, qu'on néglige beaucoup, beaucoup, beaucoup trop dans l'enseignement des lettres nowadays. J'essaie de montrer ici trois choses : d'une part, que l'établissement du plan du texte est un outil très efficace pour préparer l'explication d'un texte — et je parle d'une véritable explication littéraire, qui ne se contente pas de paraphraser platement, mais qui montre l'intérêt du texte ; d'autre part, qu'on peut présenter une explication de texte qui suit le mouvement du texte, et s'interdit de l'équarrir comme le font pratiquement tous les commentaires dits composés ; enfin qu'il existe une forme de bachotage intelligente, quand il s'agit de connaître le contenu d'une œuvre : apprendre par cœur le plan d'un livre, c'est à la fois se donner une véritable culture et se donner les moyens de réfléchir. Connaître ce plan et avoir fait vraiment la rencontre de l'œuvre à travers une lecture personnelle, c'est évidemment accroître véritablement sa culture ; mais aussi, connaître ce plan sans avoir vraiment lu toute l'œuvre — comme peut le faire un bachoteur paresseux —, c'est commencer à rencontrer vraiment l'œuvre et ce qu'elle dit d'intéressant : c'est beaucoup moins mauvais que de se contenter d'apprendre par cœur des listes de figures de style, des fiches de méthodologie, des concepts de narratologie ou de typologie des discours, des genres, registres et mouvements littéraires.

Je rêve que la contrainte des œuvres imposées fasse la pencher la balance du bachotage de ce côté-là — parce que pour ce qui est de l'existence du bachotage, je ne rêve pas : il y a un bac, il y aura du bachotage, quel que soit le programme, quelles que soient les épreuves.

Il s'agit du Débat de Folie et d'Amour de Louise Labé :

13 mar. 2019

Débat de Folie et d'Amour

Louise Labé

Débat de Folie et d’Amour


En 1555, Louise Labé fait paraître chez Jean de Tournes son unique livre, intitulé Œuvres. Elle y est présentée comme la « nouvelle Sappho », à cause en particulier lasaisissante série des vingt-quatre sonnets que chacun connaît. Mais avant ses poèmes, elle a fait insérer un texte très étrange et très passionnant, un véritable petit bijou : le  Débat de Folie et d’Amour.
Apollon et Mercure, qui se font les avocats de Cupidon et de la déesse « Folie », proposent une vision de l’amour sur lesquelles Jupiter vient trancher in fine. « L’érudite gaillardise » dont fait preuve ici celle qu’on appela « La belle cordière » donne à voir les qualités d’un très délectable et très plaisant humanisme au féminin, au moment où la Renaissance française allait s’abîmer dans les guerres de religion. Mais la légèreté de Louise Labé n’est que la forme dont s’empare le véritable grand sérieux quand il veut vraiment connaître l’homme dans sa complexité : le divin Banquet auquel nous convie la poétesse lyonnaise parle d’amour avec une ivresse plus réjouissante encore que celle d’Aristophane au Banquet de Platon.
La Nouvelle Bibliothèque Humaniste en propose une édition entièrement nouvelle dont l’orthographe est modernisée, où les particularités de la langue du XVIe siècle sont éclaircies, pour rendre ce texte extraordinaire accessible à tous. Feuilletez-le et achetez-le ici : Débat de Folie et d’Amour.

05 sept. 2015

Ne reprenez, Dames, si j'ai aimé...

Le sonnet XXIV de Louïze Labé Lionnoise est un assez joli et piquant sonnet. Nous l'avons choisi pour illustrer une façon de préparer une explication de texte — ce que la prose pédagogico-ministérielle appelle de nos jours une «lecture analytique». Il s'agit de:

  1. Copier le texte
  2. En établir le plan structuré semi-détaillé (I, II... en rouge; A, B... en vert), qu'on indique sur le côté
  3. Choisir 2 ou 3 mots, expressions, figures... remarquables au plan littéraire qu'on souligne en bleu, avec éventuellement, un mot ou deux pour se rappeler ce qu'on veut en dire.
  4. Pour chaque sous-partie, après une flèche, indiquer ce qu'on veut en dire, l'interprétation qu'on en propose (synthèse des remarques faites en bleu), de sorte qu'on transforme le plan du texte en plan du commentaire. Même chose, ensuite pour les grandes parties.

Ce qui nous paraît particulièrement intéressant dans cette méthode, c'est qu'elle contraint à coller au texte, à éviter les vains bavardages théorico-jargonnesques, fussent-ils brillants : il s'agit, au sens propre, d'ex-pliquer le texte, de déplier ce qu'on ne voit pas forcément au premier abord pour être en mesure d'en ressentir les forces. On passe le moins de temps possible à construire un discours qui jette un voile sur le texte, et le plus de temps possible à connaître et comprendre profondément le texte.

Vous noterez aussi que nous avons conservé l'écriture manuscrite : même en dehors d'une situation d'examen en temps limité, elle nous paraît un élément essentiel de l'appropriation physique du texte. D'autre part, toutes les remarques ne sont pas facilement lisibles, du fait à la fois de la caractère relâché de la graphie et des ellipses propres à un brouillon fait pour être utilisé dans les minutes qui suivent son élaboration: il ne s'agit pas de proposer une explication de texte, mais de montrer comment on peut la préparer.