Pour qui s'intéresse à la métrique et à la versification, la poésie hongroise est fort intéressante. En effet, elle utilise la rime, la métrique syllabique et la métrique quantitative, et ce éventuellement dans un même poème. Ainsi, si j'ai bien compris, le poème de Petőfi Sandor, le plus fameux de la littérature hongroise, qui a constitué une espèce d'hymne national après la révolution de 1848 :

Szabadság, szerelem!
E kettő kell nekem.

Szerelmemért föláldozom
Az életet.

Szabadságért föláldozom
Szerelmemet.

est constitué d'un premier distique d'hexasyllabes rimés, vers composés de deux trisyllabes, hémistiches réguliers terminés par une syllabe longue. On peut aussi considérer ces trisyllabes comme des anapestes où chacune des deux brèves peut être remplacée par une longue. Ces hexasyllabes fonctionneraient donc comme l'alexandrin français, où on a deux hexasyllabes terminés par une longue (syllabe tonique), dont les cinq premières syllabes sont indifféremment longues ou brèves (toniques ou atones). Les quatre derniers vers sont une série de dipodies iambiques (chaque distique est composé d'un vers de quatre pieds iambiques et d'un vers de deux pieds iambiques, où chaque iambe peut être remplacée par un spondée), avec des rimes croisées qui correspondent en réalité à un parallélisme : la rime vient de la construction syntaxique parallèle, marquée par des désinences identiques:

U — — / UU — // U — — / — U —

U — U — U — U — // U — U — // U — — — U — U — // U — U —

On pourrait sur cette structure traduire ainsi le poème de Petőfi :

Etre libre, amoureux:
en deux mots, être heureux.

Pour mon amour, je donnerais
même la vie.

Pour être libre, je donnerais
même l’amour.

N.B. En hongrois, l'accent graphique (qui est dessiné comme un double accent s'il est placé sur une voyelle surmontée d'un tréma: ő) marque une longue. L'accent tonique, qui n'allonge pas la syllabe, est placé systématiquement sur la première syllabe du mot.