Chers élèves de 1re,

une élève me demande si, le jour de l'oral l'examinateur vous une question concernant le texte à présenter.  Je vous rappelle encore une fois qu'on ne vous posera pas de question : vous analyserez comme bon vous semblera le texte sur lequel vous êtes interrogé. On me demande aussi s'il faudra «seulement le présenter de façon linéaire». Il me faut là apporter quelques précisions. Non, il ne s'agit pas de «présenter» le texte: seule l'introduction présente le texte. Le développement de l'explication, qui en est le corps, ne présente pas le texte, mais l'explique, l'analyse, l'interprète. Oui, elle le fait de façon linéaire, c'est-à-dire en suivant le mouvement du texte, la façon dont le texte avance, phrase après phrase.

Mais cette explication, pour qu'elle soit intéressante, doit d'une façon ou d'une autre, répondre à une question ou à un ensemble de questions qui se posent au premier abord de ce texte. Et c'est bien le rôle de l'introduction que de montrer quelles sont les questions littéraires que posent ce texte. Donc, en quelque sorte, l'introduction devrait «problématiser» l'explication, c'est-à-dire expliciter quel problème elle va essayer de résoudre. Je rappelle encore une fois aussi que ce problème ne saurait être:

  • «Qu'a voulu dire l'auteur ?» : la réponse à cette question doit avoir été donnée dès l'introduction. [Exception : il y a un sens évident, mais trop évident, et il s'agit alors de chercher la signification plus profonde, plus complexe, du texte.]
  • «Pourquoi l'auteur a-t-il écrit ce texte ?» : voir ci-dessus.
  • «De quoi parle le texte ?» : voir ci-dessus.
  • «Pourquoi tel personnage agit-il ainsi ?» : c'est une question qui relève de l'analyse psychologique et non de l'analyse littéraire. [On peut aborder ce problème dans l'analyse, mais ce ne peut en être le but.]
Les questions littéraires qui nous intéressent concernent l'effet produit sur le lecteur ou le spectateur :
  • «Pourquoi ce texte est-il particulièrement émouvant, touchant, drôle, choquant, provocateur, terrifiant, saisissant... ?»
  • «Pourquoi ce texte sort-il de l'ordinaire ? Pourquoi est-il nouveau, original, différent de ce que le sens commun peut attendre ?»
  • «Qu'apporte-t-il de particulier ? Pourquoi invite-t-il à une réflexion approfondie ? Pourquoi est-il dérangeant ?»
Pour que ces questions générales et passe-partout deviennent une question spécifique et adaptée au texte que vous expliquez, il faut, dans l'introduction, vous livrer à une première analyse, très rapide du texte, qui présente le texte, dit très rapidement ce qu'il "raconte", de sorte qu'on puisse dire :
  • qu'au premier abord ce texte pourrait avoir l'air assez banal pour telle ou telle raison. Le problème à traiter dans ce cas est évident : «Pourquoi ce texte est-il bien davantage que ce qu'il a l'air d'être ?» [Pourquoi la rencontre de Nemours et de Mme de Clèves est-elle bien davantage qu'un coup de foudre au bal entre les deux plus grandes beautés de la cour, sujet digne des romans à l'eau de rose les plus médiocres ?]
  • ou que dès le premier abord ce texte paraît intéressant (touchant, saisissant, étonnant...) pour telle ou telle raison. Dans ce cas, on va se demander ce qui, dans sa composition et son écriture, le rend SI intéressant, touchant, drôle, intelligent... On peut aussi se demander s'il n'est que drôle, que touchant : si son intérêt ne peut pas être plus complexe. [Pourquoi l'appel que lance Lamartine lance à la nature pour l'aider à conserver le souvenir du bonheur est-il particulièrement saisissant ?]
Évidemment, si vous prenez pas le temps de problématiser votre explication, ou si vous le faites d'une façon un peu expéditive, mais qu'ensuite votre explication est brillante, tout se passera très bien, et vous obtiendrez une excellente note. Mais je crains fort que si vous ne posez pas le problème convenablement, vous vous abandonniez lâchement à une vilaine paraphrase agrémentée d'un relevé oiseux de figures de styles, de champs lexicaux et de procédés narratologiques. De même, si vous menez brillamment votre introduction et qu'ensuite vous n'avez rien à dire d'intéressant, l'ensemble risque d'être assez calamiteux. L'essentiel, c'est la qualité du développement; et bien mener votre introduction peut vous aider à bien vous lancer dans ce développement.
— Mais monsieur, c'est la centième fois que vous nous le dites, d'une façon ou d'une autre !
— Vous avez raison. Et je risque de recommencer encore de nombreuses fois : c'est l'une des principales choses pour lesquelles je suis payé. :)
 
Bien cordialement,
Votre professeur de Lettres