Le latin, dans le système éducatif français, est l’une des constituantes essentielles du domaine des Lettres, qu’elles soient « classiques » ou « modernes ». On a pu se demander si son apprentissage était indispensable. Les fondateurs de l’école primaire publique ont même dû se résoudre à le laisser en quelque sorte de côté, en en faisant une option dans le cursus des futurs instituteurs, considérant que l’étude de l’ancien français pouvait compenser ce manque. C’est ainsi que le latin n’a pu faire partie du programme des Ecoles Primaires Supérieures, ni des écoles normales, et qu’il est resté l’apanage du système secondaire, au sein duquel il a connu de nombreux avatars. La riche réflexion pédagogique primaire n’a donc pas pu profiter à l’enseignement du latin, confiné dans le secondaire et empêtré dans des querelles politico-idéologiques assez dérisoires.

Il est possible cependant que ce renoncement au latin ait été l’une des faiblesses du système primaire mis en place par Buisson. En effet, sans le latin, le recours au seul ancien français pour étudier l’histoire de notre langue se révèle assez rapidement inopérant et fastidieux. D’autre part, il apparaît que l’étude des auteurs latins les plus classiques, fût-elle rudimentaire, est presque indispensable pour apprendre à lire une partie essentielle des auteurs français. Enfin, la quasi-disparition tradition humaniste de la traduction (thème et version) pour apprendre à lire et écrire le français, pour permettre aux élèves de s’approprier les textes les plus importants, les plus beaux, les plus intéressants a pu amener les études littéraires à se perdre parfois dans des considérations aussi oiseuses qu’absconses. C’est en particulier avec le renouveau du thème et de la version, abordés d’une façon réaliste et progressive, que l’étude du latin — qui inclut forcément à la fois la langue et la littérature latine, donc sa culture — peut être un des outils qui permet d’apprendre à lire et à écrire avec davantage d’esprit de géométrie et d’esprit de finesse.

On pourrait s’étendre indéfiniment sur les finalités du latin. Le propos n’est pas là. Il faut d’abord savoir de quel enseignement nous parlons — comment, aujourd’hui, on peut enseigner le latin. C’est-à-dire, avant tout, selon quelle progression sur plusieurs années, ce qui s’appelle un programme1.

On notera que les programmes, quoique la progression d’une année à l’autre soit notée précisément, sont organisés par « cours », selon la logique moderne de l’école primaire française. Un cours se fait sur deux années : l’on étudie environ 70 % du programme du cours la première année, et on reprend ce programme intégralement pour l’approfondir la seconde année, de sorte que l’immense majorité des élèves ait acquis, à la fin des deux années une assez bonne maîtrise de l’essentiel de ce programme, qui a donc été vu et revu2.

Certains points du programme pourront demander aux enseignants un approfondissement de leur formation, tant il est vrai que bien souvent, une meilleure pédagogie d’une discipline exige une meilleure maîtrise de cette discipline.

1Comme les ministères de l’éducation nationale se sont évertués, depuis la catastrophe Vichyste, à publier des programmes de moins en moins cohérents, qui ne sont plus des programmes que par leur nom. On s’avise depuis quelques années à donner aux programmes un nom latin : il s’agit, selon une « logique curriculaire », de rédiger des curricula, pour signifier que ceux-là seront des vrais, des bons. Soit. Pourquoi pas. Cela fait toujours plaisir d’inventer l’eau tiède. En plus, quand la chose a un nom latin, elle impressionne toujours les ignorants.

2Le cas du cours d’initiation au latin, on le verra, est un peu différent, puisque la première année est beaucoup plus réduite en volume horaire.