Les élèves demandent souvent ce qu'ils doivent «réviser» pour préparer les épreuves de français au baccalauréat. On peut quelquefois les enjoindre à réviser les «méthodes». Je pense que là n'est pas l'essentiel. Ce qu'on attend à l'épreuve de français du bac, c'est d'abord la maîtrise du français, et donc pour commencer, de son vocabulaire. Entendons-nous bien : le vocabulaire qui nous intéresse n'est pas essentiellement le vocabulaire technique de l'analyse littéraire, mais celui de la littérature.

Le bac blanc auquel nous avons soumis nos élèves et qui m'occupe actuellement est à cet égard tout à fait révélateur. Il proposait un extrait de Mme Bovary («Charbovary»), un extrait de L'homme qui rit où Gwynplaine est anéanti par le déferlement des rires à la chambre des Lords, et un autre du Moulin de Pologne de Giono, où la bourgeoisie provinciale humilie de ses rires grinçants une jeune femme défigurée qui se donne en spectacle en dansant seule. Or ce «corpus» de textes comportait une soixantaine de mots qui font difficulté pour nombre d'élèves. En voici le relevé:

Et encore n'évoquons-nous pas ici l'aide qu'apporterait quelques connaissances historiques sur l'Angleterre au XVIIe siècle. Dans mes classes, je pense qu'au moins les deux-tiers des élèves ne comprennent pas les deux-tiers de ces mots. Autrement dit, il nous faut travailler à trouver les moyens d'aider les élèves à acquérir ce vocabulaire, bien avant d'enseigner l'hyperbole et l'hypotypose, la focalisation zéro et le narrateur homodiégétique, le mouvement baroque et le symbolisme. Ce sera à la fois utile pour la note au bac et — ce qui est beaucoup plus important — utile pour la vie. Nōn sōlum scholæ sed etiam vītæ doceāmus.