Depuis quelques années, à la suite, semble-t-il, de Gérard Genette, les professeurs de français disent, à la place de « début de roman », « incipit du roman ». Incipit, en latin, signifie en effet «il commence», et ce mot était placé, dans les manuscrits médiévaux, en tête d'une œuvre. Il devrait ne désigner que la première phrase d'un roman, mais le goût du jargon lui a donné un sens plus large. Nous aimons autant, de notre côté, qu'on parle d'ouverture, des premières lignes, ou tout simplement du début d'un roman. En l'occurrence, le jargon n'ajoute rien à l'analyse, sinon l'impression qu'on a dit quelque chose quand on n'a rien dit. On a là le pire des emprunts au latin, avec des mots qui n'ajoutent rien à la pensée, sinon l'illusion de la pensée.

Le pire ? Non. Le pire, c'est l'horrible °excipit, qui ne signifie aucunement en latin « il termine », mais « il reçoit ». Le terme qui ferait pendant à incipit serait explicit, terme de latin tardif. La pédanterie a forgé un monstre qui dévoile clairement sa propre monstruosité...

Cessons donc de nous adonner à cet immonde jargon — on a voué aux gémonies les professeurs d'EPS pour moins que cela — et parlons du début et de la fin d'un roman : cela suffira bien. Et si l'on a goût pour la finesse, la langue française offre suffisamment de synonymes précis et variés : ouverture, prologue, seuil, commencement, entrée, attaque ; chute, dénouement, épilogue...