L'épreuve de littérature au bac L est à la fois extrêmement intéressante et difficile, surtout quand son programme est aussi beau qu'il l'est cette année (Mme Bovary et Œdipe-Roi). S'y préparer n'est pas une mince affaire. Pour commencer, il est indispensable de connaître de façon très approfondie l'œuvre. À nos élèves nous avions recommandé l'an dernier de s'essayer à la lecture du chef d'œuvre de Flaubert pendant les vacances, de sorte que l'étude du texte en Terminale puisse s'appuyer sur une relecture.

Cependant, au vu de la difficulté de pénétrer un tel texte pour des jeunes gens de 17 ans — et de la paresse naturelle de l'être humain — nous savions que nombreux seraient ceux qui arriveraient vierges de cette lecture au premier cours de littérature de terminale. Nous avons donc essayé de proposer un itinéraire de (re)lecture qui permette à la fois de comprendre l'œuvre et de l'apprendre assez rapidement et profondément. Lors de la première leçon, après une rapide présentation de l'année, des œuvres et des épreuves, au cours de notre introduction à Mme Bovary — tiens, nous n'avons pas parlé de réalisme ; décidément la casification des auteurs et des œuvres en « mouvements littéraires » ne nous intéresse que fort modérément... — nous avons présenté le contenu du roman avec le plan que proposait un billet précédent.

Si, du fait du programme, nous avons évoqué rapidement la question de la genèse de l'œuvre, pour commencer nous avons énoncé le véritable problème qui se pose à la lecture de ce « livre sur rien » : comment ce livre sur une femme qui trompe son mari et son ennui (j'emprunte la formule à un prof de l'être blogueur), pourrait-il ne pas être ennuyeux... alors que, de fait, il ennuie l'immense majorité des lycéens ? Nul besoin de se tordre le cerveau pour formuler une « problématique » alambiquée : le problème qui se pose crève les yeux, comme une poutre dans l'œil.

Nous en avons lu ensemble les premières pages, l'incipit, qui raconte l'entrée au collège de Charles, pour le comprendre — en établissant son plan. Nous avons pris prétexte de l'épreuve, pour laquelle il est nécessaire de connaître des passages de l'œuvre avec une grande précision, et donc, pour une bonne part, par cœur, pour demander aux élèves de choisir quelques phrases particulièrement intéressantes, de sorte que nous nous sommes demandés pourquoi elles pouvaient être intéressantes. Ils devaient relire le premier chapitre — tout en avançant aussi rapidement que possible leur première lecture, le cas échéant — pour la leçon de la semaine suivante. Voici les documents que nous avons utilisés pendant cette deuxième leçon :

Vous noterez d'abord que les documents photocopiés le sont à partir d'originaux manuscrits. C'est un point très important, en particulier parce qu'il s'agit de «donner l'exemple» quant au travail à mener sur l'œuvre ; nous y reviendrons. Les deux premières pages (une double page en réalité) permettaient de reprendre et formaliser le travail de la semaine précédente. Les extraits copiés selon le plan du texte constituent un exemple de ce que les élèves devront faire pour « ficher » le livre ; les espaces blancs laissés à leur suite sont le lieu de notes interprétatives, qui justifient le choix de chacun des extraits: nous les avons remplis ensemble.

La troisième page, sur l'ensemble du chapitre I, montre comment on peut mener le même type de travail de façon un peu plus superficielle, en proposant de se contenter, pour le milieu de ce chapitre, d'en établir un plan général, afin de deux extraits dans son mouvement final. On a fait de même pour le chapitre II, avec une fiche un peu plus lacunaire (page 4). Les élèves ont été chargés de remplir les trous de ces deux fiches pour la troisième leçon — c'est-à-dire, pour le chapitre II, à choisir l'une des trois parties que nous y avons délimitées, et, dans cette partie, de choisir un ou deux extraits particulièrement frappants.

On remarquera qu'il n'y a là absolument aucune « transposition didactique » : la méthode proposée aux élèves est exactement celle que le professeur lui-même utilise pour étudier le texte. On ne transpose ni savoir ni savoir-faire avant de le transmettre aux élèves. Tout au plus l'adapte-t-on à leur mesure, comme le paysan qui refait un mur en bord de champ fait faire à son jeune fils un tout petit bout, à sa mesure, du véritable mur (Freinet, L'éducation du travail).

N.B. D'aussi nombreux que possible moments de silence pendant lesquels les élèves apprennent par cœur une phrase ou deux sont ménagés à l'intérieur des séances de cours, afin qu'ils prennent l'habitude de cette pratique indispensable à leur étude personnelle du livre, comme les trois premières minutes, pendant lesquelles le professeur sort ses affaires et fait l'appel.